“Aimé Bonpland, une lumière française en Argentine”, Patricia Mariño

Cet article a déjà été publié par La revue argentine La Cédille, en juin 2008,
 

Sciences – Aimé Bonpland: une lumière française en Argentine

Par Patricia Mariño


Voilà cent cinquante ans qu’Aimé Bonpland est décédé. Qui a été cet homme, comment et pourquoi a-t-il fini sa vie dans la province argentine de Corrientes et quel rôle y a-t-il joué ? 

La vie d´Aimé Bonpland dans le monde scientifique fut assez particulière malgré son appartenance à une famille liée à la science. De son vrai nom Aimé Jacques Alexandre Goujaud, il naquit à La Rochelle en 1773. Il provenait d´une lignée de médecins et pharmaciens, orientés sur la recherche scientifique. Il changea son nom Goujaud pour celui de Bonpland, car son grand-père le jour de sa naissance lui donna le sobriquet de "Bon Plant", un surnom auquel sa "main verte" resta fidèle !!


En 1794, Bonpland finit sa médecine à Paris. Durant ses études de sciences naturelles au Jardin des Plantes,  il rencontra  Alexandre von Humboldt* avec qui il se lia d’amitié.
Un voyage d´exploration de 1799 à 1804 amena Humboldt et Bonpland à découvrir l’Amérique du Sud et Centrale, le dit voyage devint par la suite le fondement de la définition de son parcours scientifique. Ils passèrent cinq ans de leur vie à enregistrer les variétés de plantes et à les comparer avec d’autres écrits du XVIème siècle, tâche réalisée grâce au surgissement de nouvelles techniques. En effet, l´Illuminisme permit à la recherche scientifique une attitude différente envers l´objet d´étude, le centre scientifique évolua de son contexte d´origine, et l’apparition de nouveaux instruments produisirent un effet révolutionnaire pour les explorateurs comme Bonpland.


En 1804, Humboldt et Bonpland revinrent en France, avec une collection de soixante mille exemplaires de végétaux qui furent agencés pour une exposition qui se tint à Paris en 1807. Six mille trois cent végétaux furent classés et joints au registre des sciences, et publiés sous le titre Plantae equinoccioides. La notoriété de l’importante tâche réalisée par Bonpland, arriva aux oreilles de Napoléon, qui lui alloua une pension et le nomma jardinier impérial, puis inspecteur du jardin de Malmaison.


Arrivée en Argentine


La chute de l’Empire, fut négative pour Bonpland qui se vit pourchassé. Il décida de retourner en Amérique, répondant à l’invitation de Bernardino Rivadavia, alors Président d’Argentine. Dès son arrivée il  étudia les espèces végétales  et leurs applications depuis le delta du Paraná jusqu´au nord de l’Argentine, à la frontière avec le Paraguay. Chose qu’il fit pendant quatre années à partir de 1817. Il fut particulièrement intéressé par la yerba mate ou ylex paraguayensis, déjà utilisée et industrialisée par les jésuites.


Les chroniques de Félix de Azara**, le montrent intéressé par la richesse naturelle de la province de Misiones et du Paraguay.  Il se dirigea donc en amont du Paraná et vers Corrientes, à Caá Catí. Lors de son séjour à Santa Ana, Misiones, ses explorations se virent brusquement arrêtées car le Président paraguayen, Gaspar Rodriguez de Francia, qui le fit emprisonner. Comme tous les dictateurs ce dernier se méfiait des découvertes scientifiques. Mais, dans un deuxième temps, il voulut profiter de ses connaissances et le garda neuf ans en captivité. Pendant toutes ces années de confinement, Bonpland reçut l’appui d’hommes influents tels Alexander von Humboldt, Simón Bolivar, l´Empereur du Brésil Pedro Bonifacio, Mme Bonpland, mais tous échouèrent dans leurs tentatives de le faire libérer. Finalement, la relation supposée entre Bonpland et Rodriguez de Francia, créée par le besoin de soins médicaux permit sa libération en 1831.


Bonpland se rendit ensuite au Brésil, avec tout son patrimoine et s’installa dans une ferme à Sao Borja. Il recommença ses recherches scientifiques à Corrientes, au Brésil et au Paraguay, et continua avec ses apports au musée des Sciences naturelles de Paris. Sur le plan personnel, il forma une nouvelle famille à Restauración (aujourd’hui Paso de los Libres) ville où il vécut ses derniers jours, en compagnie de ses fils.


Création et fermeture du musée de Sciences naturelles à Corrientes


En 1854, le Gouverneur de Corrientes, Juan Pujol, rencontra Bonpland à Corrientes, et lui proposa d´organiser un musée de Sciences naturelles dans sa ville, en 1855 il le nomma directeur de celui-ci et  Bonpland y archiva toutes les espèces végétales et études menées avec von Humboldt.


Le musée des Sciences naturelles, dirigé par Bonpland connut rapidement une très bonne renommée dans le monde scientifique, car adapté aux standards scientifiques du XIXe siècle, point de vue que l’on peut corroborer dans la correspondance entre Florentino Ameghino***  et Juan Pujol, et où le premier comparait le musée bonplandien avec ceux du Canada et de Londres****.


Malheureusement le travail de Bonpland au musée de Corrientes fut très court, car il mourut 3 ans plus tard le 11 mai 1858 à l’âge de 85 ans. Le gouverneur déclara chômé le jour de ses funérailles, mais les festivités prévues et l’embaumement du corps ne purent se réaliser à cause d’un tragique incident. En effet, un inconnu vint transpercer le corps du défunt de coups de machettes et réduisit tout le travail à néant.


Apres la mort de Bonpland, ses études sur les végétaux et la plupart de ses collections furent remises au musée des Sciences naturelles de Paris, ce qui entraîna la fermeture du Musée de Corrientes, et la perte pour l’Argentine d´un centre scientifique de grande valeur.
Curieuse fermeture d’un musée d’importance pour le monde scientifique, comme le furent aussi l’œuvre et la vie d’Aimé Bonpland qui le menèrent d’un coin à l’autre du monde.

lacédille.com.ar – lundi 23 juin 2008

Patricia Mariño, architecte, mastère en Conservation du patrimoine architectural et urbain, est professeur de muséologie à l’Institut Supérieur C. de Llano de Corrientes.
*Alexander von Humboldt (1769-1859) géographe,  naturaliste, explorateur allemand considéré le Père de la Géographie Moderne.
**Félix de Azara (1742- 1821) , militaire, ingénieur, explorateur, cartographe, anthropologue, humaniste et naturaliste espagnol
***Florentino Ameghino (1854-1911), scientifique autodidacte argentin passionné de zoologie, et  géologie.
****Fernandez Robert, Alejandra. (2002) La avanzada y la pérdida del stándard museográfico de Corrientes del siglo XIX. Un rastreo testimonial a través de la correspondencia de Florentino Ameghino. 2 Congreso de Historia de Corrientes. Junta de Historia de la Pcia. de Corrientes. MOGLIA EDIC.

 

 Bonpland Port d'Envaux 4busto Bonplandcartel BonplandCasa Bonpland SMF 4Cenotafio BonplandMuñeOrqui 3panteón BonplandPérgola Corrientesretrato BonplandRío Uruguay Sao Marcosrû Bonpland Port d'Envaux 2Yo en la casa de Bonpland Amadito

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