“Le texte et ses liens dans quelques oeuvres de Roa Bastos”, Eric Courthès

LE TEXTE ET SES LIENS

DANS QUELQUES OEUVRES DE ROA BASTOS

 

 

Eric Courthès, CRIMIC SAL,

Université de Paris IV, La Sorbonne, avril 2005

 

( publié intégralement sur http://www.crimic.paris-sorbonne.fr/actes/tl2/texte-liens2.htm)

 

 

 

 

 

“ Alguien debería escribir alguna vez la historia de la gente como Maíz… »

Hijo de hombre, Destinados, VII, p. 252[1]

 

 

1 ) LE TEXTE ET LES RELATIONS TRANSTEXTUELLES

 

 

            Selon Milagros Ezquerro[2], le texte est « Depuis les inscriptions lapidaires jusqu’aux slogans publicitaires en passant par les formes orales,…tout ce qui relève de la pratique signifiante dont le matériau est la langue. » Dans cette pratique, le texte est d’abord un signe constitué d’un réseau de signes, qui entretiennent des relations entre eux, nous nous attacherons dans une perspective sémio-pragmatique à décrire les relations paratextuelles et hypertextuelles entre ces signes, entre ces textes, auctoriaux ou pas, et d’autre part à essayer de déterminer l’impact que ces combinatoires ont sur le lecteur, modèle ou pas.

 

            Nous nous contenterons ici du texte écrit, -quoique l’oralité ait une grande place dans la production des meilleures fictions de Roa, et que les hypotextes picturaux aient leur importance dans El fiscal et Madama Sui-, nous adopterons pour ce faire la typologie de Gérard Genette[3], qui distinguait cinq types de relations transtextuelles :

 

A ) L’ intertextualité : « relation de coprésence entre deux ou plusieurs textes, c’est à dire eidétiquement et le plus souvent, par la présence d’un texte dans un autre, »

 

B ) La paratextualité : « la relation que le texte entretient, dans l’ensemble formé par une œuvre littéraire, avec son paratexte : titre, sous-titre, intertitres ; préfaces, postfaces, avertissements, avants-propos, etc »

 

C ) La métatextualité : «  la relation dite de commentaire, qui unit un texte à un autre texte dont il parle, sans nécessairement le citer. »

 

D ) L’architextualité : «  L’ensemble des catégories générales, ou transcendantes-types de discours, modes d’énonciation, genres littéraires, etc-dont relève chaque texte singulier. »

 

E ) L’hypertextualité : «  toute relation unissant un texte B ( hypertexte ) à un texte antérieur A ( hypotexte ) sur lequel il se greffe d’une manière qui n’est pas celle du commentaire. »

 

            Cependant, comme le signale l’auteur lui-même, ces catégories ne sont pas des compartiments étanches, et c’est bien souvent de leurs zones d’intersection que jaillit le sens et la « signifiance » [4], de plus, on peut les affiner davantage, distinguer par exemple l’hypertextualité auctoriale, très forte chez Roa, de l’hypertextualité allographe, qui est plutôt qualifiée d’habitude d’intertextualité…

 

            Nous nous contenterons ici, faute d’espace, d’aborder la paratextualité et l’hypertextualité, en englobant donc l’intertextualité, l’architextualité ne sera pas abordée directement mais par le biais de la paratextualité et de l’hypertextualité, quand nous devrons nous interroger sur le statut de la Note-Textes dans Moi le Suprême, quant à la métatextualité critique, allographe ou auctoriale, nous l’aborderons prochainement dans une version élargie en espagnol de ce travail.

 

            Tant de différenciations ne peuvent apporter que du sens nouveau[5], dans cet espace sémantique à découvrir que constitue le texte avec ses frontières incertaines et ses multiples liens, qui nous entraînent vers une lecture non linéaire et infinie, ou plutôt «  transfinie »[6] de l’œuvre de Roa Bastos, et de toutes les autres…

 

 

            2 ) LES PARATEXTES CHEZ ROA

 


[1] nous utiliserons pour les citations l’édition suivante : Hijo de Hombre, Alfaguara, Madrid, 1990, 1985, ( 1960 Losada ). Dans l’ensemble du texte, nous ferons apparaître en gras les passages ou les notions les plus importantes à nos yeux . Les concepts nouveaux seront de plus exceptionnellement soulignés…

 

[2] Fragments sur le texte, Paris, L’Harmattan, Langue § Parole, 2002, p 9.

 

[3] Palimpsestes La littérature au second degré, Paris, Editions du Seuil, Points Essais, 1982, p 8 et passim.

 

[4] «  L’intertextualité est (…) le mécanisme propre à la lecture littéraire. Elle seule, en effet, produit la signifiance, alors que la lecture linéaire, commune aux textes littéraire et non littéraire, ne produit que le sens. », «  La trace de l’intertexte », La Pensée, octobre 1980 ; «  La syllepse intertextuelle », Poétique 4O , novembre 1979. Cf La Production du texte, Seuil, 1979, et Sémiotique de la poésie, Seuil, 1982, Gérard Genette, ibid, p 9.

 

[5] «  Ce souffle que l’on nous interdit ne peut jaillir que de la faille. Le premier chapitre de la Genèse ne dit pas autre chose : et pour porter les choses à l’existence, Dieu les nomme et ainsi les sépare, ordonnant le chaos originel, indistinct et indifférencié, créant cette faille entre les eaux d’en haut et les eaux d’en bas, un horizon, un entre-deux d’où peut jaillir une lumière. Seules la séparation, la différenciation permettent de porter un regard, de donner du sens et de créer quelque chose ( le verbe hébreu bara, signifie ‘créer’ et ‘couper, séparer’). » Le Lézard bavard, dossier : « La Parole déplacée », «  Une autre parole », Adrien Montolieu, revue de littérature, n° 5, septembre 2004, Editions CDP de Mayotte, p 12.

 

[6] «  Esta  «  poética de las variaciones », una de mis invenciones retóricas, tiene su justificación en el hecho, no comprobado, de que lo absolutamente original sería ilegible e incomprensible. Sólo se puede variar-reinventar-lo ya dicho, lo ya visto, lo ya existente. Crear es creer en lo nuevo, en lo dicho de otra manera, de una manera de decir que dice por la manera. La justificación es débil, lo reconozco ; pero aún así la poética de las variaciones se sostiene desde el ángulo del sujeto-autor que trabaja en el universo no infinito pero sí transfinito de los significados y los signos. », Augusto Roa Bastos, «  El agujero en el texto ( o las trampas del sujeto en la historia, en la ficción y en la crítica literaria ) », conférence inédite, Poitiers ???, 1995 ???, p.7. Le Maître d’Asunción nous livre là tout son potentiel métatextuel…Merci à Alain Sicard, inspirateur du titre de celle-ci *a, qui me l’a envoyée, et devrait l’inclure dans le prochain numéro de Colección Archivos, dédié enfin à Roa Bastos.

 

*a : «  El agujero en el texto ( Apuntes para una relectura de Hijo de hombre ) », América, Cahiers du CRICCAL, n° 14, «  Histoire et imaginaire dans le roman hispano-américain contemporain », 2ème série, Presses de La Sorbonne Nouvelle, 1994.

 

Acerca de eroxacourthes

French traveller, writer and translator, foolish of Latin Amarica!!!
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