“Mémoires d’un mort, le voyage sans retour d’Aimé Bonpland”, (incipit), Eric Courthès, Editions La Découvrance, La Rochelle, 2008

 

 

MEMOIRES D’ UN MORT, LE VOYAGE SANS RETOUR D’ AIME BONPLAND

 

 

Roman

 

 

 

 

 

 

 

 

Eric Courthès

 

 

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MEMOIRES D’UN MORT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Index

 

 

 

 

 

I) Ma double mort

 

 

II) De l’Amazone à l’Orénoque

 

 

III) Ma prison dorée du Paraguay

 

 

IV) Passage des Hommes Libres

 

                       

 

IV A) L’île aux lépreux

 

IV B) Tempête sur l’Uruguay

 

IVC) Mon dernier voyage

 

IVD) Mourir en paix à l’ombre des arbres

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qui es-tu toi qui viens m’assassiner post mortem ? Il y a autant de versions que de possibilités, en tout cas, « par delà le mur du sommeil » éternel, je n’ai pas reconnu ton visage dans l’obscurité. D’aucuns disent que tu es un gaucho anonyme, ou même un indien à cheval nommé Macario, et que j’aurais refusé de te saluer. Comment aurais-je pu te répondre ? N’étais-tu point au courant de ma mort ? Toute la ville de Paso de Los Libres était au courant, comment ne l’aurais-tu pas su ? D’autres prétendent encore que tu étais un parent du Gouverneur Pujol, l’un de mes meilleurs amis, cette hypothèse n’a pas de sens…

 

Toutes les nuits on me mettait à sécher, sur la colline aux arbres du Paradis, assis tel un vivant, dans mon grand fauteuil en osier de moine, pour assurer le processus d’embaumement. D’aucuns racontent à tort que tu osas me poignarder en pénétrant de nuit dans une église, où se tenait une chapelle ardente. Délicieux délires de la fiction !!! Qui aurait osé un blasphème pareil parmi nos compatriotes de Corrientes si croyants ? Pas même un gaucho ou un indien saoul ! Ce sont là de purs racontars !

 

Seul une personne ayant pour moi la plus grande haine pouvait pratiquer une telle boucherie. « Pourquoi tant de sauvagerie? », s’exclama en l’apprenant mon ami éternel, Alexandre de Humboldt. Voici peut-être l’ébauche d’une réponse. J’ai passé mes dernières années, « à l’ombre des arbres », dans mon estancia de Santa Ana, avec pour seule compagnie ma fille Carmen, Victoriana  Cristaldo ma dernière épouse, ne supportant plus les vicissitudes de Sao Borja, notre propriété au Brésil, et mes voyages incessants sur l’Uruguay, après un court séjour en famille, était reparti à Corrientes, chez les Périchon, avec Victoriano-Amado et Anastasio, pour assurer leurs études. Sa famille avait alors pour moi la plus grande haine, j’étais à ses yeux l’aventurier incurable, le bourreau des cœurs, qui abandonna Victoriana comme toutes les autres. Il n’en est rien ! Elle est partie de son propre chef ! A notre retour à Santa Ana, en 1853, j’avais décidé de vivre dans le plus grand dénuement, elle ne supporta pas cet isolement, cette indigence, cet isolement, comme nombre de femmes, elle se sentit trahie, et après une ultime crise, décida de repartir à Corrientes.

 

Alors toi le soit disant gaucho Macario, qui avance masqué dans la nuit noire, qui s’immisce tel un ivrogne, à l’ombre éternel de mon arbre, je t’ai démasqué, je sais qui tu es, la bienséance m’oblige à taire ton nom, mais tous mes lecteurs l’auront deviné, monstre infâme, qui même la mort ne peut respecter !!! Au-delà du seuil de la mort, je t’ai entendu, tu t’es écrié, en me poignardant maintes fois : « Ta science ne te sert déjà plus à rien !!! », avec un rire sarcastique, sans même me saluer comme le prétendent toutes les chroniques fallacieuses écrites à ce sujet !!! Je veux, malgré ma mort, et à travers ces lignes, que la Vérité éclate enfin, j’étais aimé de l’ensemble de la population de Corrientes, on prévoyait pour moi, (et malgré moi), une semaine de deuil national dans la capitale, qui donc pouvait désirer avec autant de force et de rancœur, ce processus irréversible ? Qui donc pouvait mettre à bas les heures de travail de mon embaumement, que j’avais moi-même prescrit !!! Qui donc si ce n’est toi ? L’innommable ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Le compilateur par ces notes, (qui refuseront toujours l’oubli du bas de page), tient à rétablir ici quelques « vérités », quoique ce terme soit parfaitement inapproprié concernant la vie tumultueuse d’Aimé Bonpland. On ne saura jamais ce qui s’est passé réellement, que les historiens, avides de vérités proclamées et d’évidences incontournables fuient ces lignes comme la peste !!!

 

Aimé Bonpland est mort le 11 mai 1858, dans sa maisonnette de Santa Ana, Province de Corrientes, au bord du fleuve Uruguay, au Nord-Est de l’Argentine, dans son vieux  fauteuil d’osier, en contemplant son jardin par la fenêtre. On le transféra ensuite à Restauracion, aujourd’hui Paso de los Libres, pour procéder à son embaumement, là trois  versions s’affrontent. Deux jours plus tard, le 13 mai 1858, il aurait été poignardé alors qu’on le transférait dans cette ville, ou à Corrientes, après son embaumement lors d’une chapelle ardente, ou encore devant sa maison, à Santa Ana.

 

Nous laissons donc à notre Illustre Mort la responsabilité de ses dires. Il est libre, (et beaucoup plus que n’importe quel homme), de revivre sa mort tel qu’il l’entend…

 

«  Par delà le mur du sommeil » est en plus d’une digression  anachronique assumée, une évidente allusion au génial Lovecraft, Maître s’il en est, des prosopopées, qui peut oublier, après avoir lu quelques uns de ces livres, des passeurs de seuils au-delà du réel comme Randolph Carter ou Joe Slater? C’est dans cette lignée, que nous donnons la parole à un mort, au-delà des contraintes de l’espace et du temps, et ignorant les règles les plus élémentaires de la biologie.

 

« Pourquoi tant de sauvagerie ? », c’est bien ce que déclare Christian Vadim, fils digne de Catherine, dans sa peau de Humboldt, dans une récente  adaptation magistrale au cinéma du « roman » de la première partie de la vie de Bonpland, de mon ami cybernétique Luis Armando Roche, « Aire Libre » C’est bien là le moteur de sa vie, la Liberté, pas seulement celle philosophique de l’Esprit des Lumières qu’ils surent si bien transmettre, en Amérique Latine, avec Humboldt, et qui donna naissance,( à partir d’un rêve collectif) dans un bordel parisien, à l’Indépendance de ce continent, mais bel et bien, celle de tous les jours, pour laquelle, il faut lutter pas à pas…

 

Bonpland inspira aussi de nombreux romanciers, adeptes de la fiction historique, parmi ceux-ci, deux français, Philippe Foucault, dans son fort documenté ouvrage «  Le pêcheur d’orchidées », affuble le gaucho assassin d’un prénom, « Macario». S’agirait-il d’une manifestation hypertextuelle de notre défunt Ami, le génial romancier paraguayen, Augusto Roa Bastos ? Son étrange conteur de « Fils d’homme », porteur d’une partie du récit, se serait-il mué en indien assassin ?

 

Nicolas Hossard pour sa part, reprenant les derniers mots  de Bonpland, le fit mourir « à l’ombre des arbres », au bord de l’Uruguay, dans un sous titre fort poétique et évocateur d’un personnage qui passa sa vie à y grimper : «  Aimé Bonpland (1773-1858), médecin, naturaliste, explorateur en Amérique du Sud ». ( Note du Com-Pilateur)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Acerca de eroxacourthes

French traveller, writer and translator, foolish of Latin Amarica!!!
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