” L’ écriture dans les “Métaphorismes” d’Augusto Roa Bastos”, Eric Courthès

Voici les métaphorismes entrant dans la catégorie "écriture", une bonne cinquantaine et encore on n’y inclut pas tout ce qui a à voir avec celle-ci: narrateur, récit, auteur, réalité, fiction, etc

  

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=25897

(1) Quand on ne peut déjà plus rien faire on écrit. C’est la seule façon de se prouver qu’on existe encore dans la fixité mortuaire de l’écriture.

 

(7) Ecrire ne signifie pas transformer la réalité en mots, mais faire que le mot soit la réalité.

 

(8) Quand on écrit on se doit non pas de rendre artificielle la nature des choses, mais de rendre naturel l’artifice des mots.

 

(9) A travers l’écriture l’incrédule cherche dans l’impossibilité du monde le miracle du possible.

 

(33) L’imagination crée par instinct d’imitation. Tout art est par nature produit d’une imitation. C’est quand il imite l’inconnu que l’art crée quelque chose de nouveau.

 

(133) Le langage écrit abrite en lui la malédiction d’obscurcir ce qu’il voudrait clarifier. L’erreur du mot écrit réside dans sa volonté d’être le nom de la chose et la chose elle-même.

 

(135) Quand je veux écrire une pensée elle m’échappe, et au lieu de ça j’écris seulement qu’elle m’a échappé en emportant avec elle une partie de ma mémoire.

 

(137) La lecture est infiniment antérieure à l’écriture.

 

(138) Etiemble le déclara déjà : « Bien que les hommes naquissent et mourussent il y a un million d’années, ils n’écrivent que depuis six mille ans. »

 

(139) On ne peut écrire avant d’avoir appris à lire. Depuis la naissance du feu au grand livre du cosmos, depuis les mystères de la nature aux grandes œuvres de la littérature universelle, la lecture a été l’apprentissage initial et initiatique de la connaissance.

 

(140) Il est évident que les civilisations les plus antiques voulurent conserver une trace de leur passé et inventèrent les premiers signes. Les icônes sacrées se dégradèrent en lettres profanes et l’écriture alphabétique surgit. Mais depuis lors la séparation entre l’écriture et l’oralité existe. L’une est archive de la mémoire ; l’autre est la source vive de la transmission des légendes et des faits de l’humanité.

 

(141) Le mot parlé provient de nombreuses voix, de nombreux endroits. Il surgit dans un temps dépouillé de sa durée. Le mot écrit est celui d’une personne qui ne parle pas et s’adresse à une autre personne qui ne parle pas non plus, qu’il ne connaît pas et qu’il n’a jamais vue ni entendue.


 

 

(142) On écrit toujours pour un lecteur futur qui reçoit un message depuis le passé. Le temps absent s’interpose entre celui qui écrit et celui qui lit.

 

(143) Aucun auteur digne de ce nom ne peut écrire son propre livre. S’il est honnête il se doit de disparaître complètement dans l’écrit.

 

(144) On n’invente rien. Seulement quelques légères variations par rapport à ce qu’on a déjà dit et écrit, lu et oublié.

 

(145) Il est nécessaire d’accumuler beaucoup d’oubli pour écrire quelque chose de nouveau.

 

(147) Tant que l’auteur est en train d’écrire son œuvre, elle est ce qui lui appartient le plus profondément depuis toujours. Une fois publiée et lue elle devient ce qui lui est le plus étranger parmi tout ce qu’il a jamais possédé, même quand elle lui apporte succès et fortune. Surtout dans ce cas d’ailleurs.

 

(179) Le pouvoir de l’écriture n’existe que quand il est l’écriture du pouvoir.

 

 

(192) A l’origine de l’écriture : le point, plus petit que la tête d’une aiguille, fait d’autres points encore plus petits. Entre les points apparemment les plus ronds il existe toujours une différence qui permet de les comparer, de découvrir cette chose nouvelle qui apparaît dans le feuillage des similitudes.

 

(260) Un auteur n’écrit pas n’importe quel livre. Il écrit celui qu’il veut lire et ne trouve nulle part. Alors on peut dire que l’auteur écrit mais aussi qu’il est écrit.1)

 

 

(261) Seul un auteur non professionnel peut avoir une foi ingénue dans l’écriture. L’utopie et l’uchronie sont les dimensions de cette écriture.

 

(271) On écrit une histoire tout en en écrivant une autre crépusculairement enfouie en elle.

 

(283) Pour écrire il est nécessaire de lire auparavant un texte non écrit, non pensé, mais qui nous lit et qui nous pense. C’est seulement ensuite que nous pouvons l’écrire comme qui se souvient d’un rêve.

 

(287) Il écrivit beaucoup, mais à la fin de sa vie il découvrit que tout ce qu’il avait écrit pourrait être démenti parce qu’il n’avait pas écrit.

 

(334) L’écriture secrète du raturage fait partie intégrale de l’art de l’écriture.

 

(347) Le mot écrit est toujours volé car personne ne peut atteindre le vide qui l’a précédé.

 

(367) Pour écrire il est nécessaire de lire avant un texte non écrit, présent d’une certaine manière dans l’esprit; un texte auquel on n’a pas pensé mais qui au contraire nous pense.

 

(497) Il écrivit toute son œuvre telle une lettre posthume adressée à une femme qu’il aimait sans la connaître. Toutes les œuvres sont en quelque sorte posthumes.

 

(498) Tous les jours, quelque part dans le monde, les originaux d’une œuvre maîtresse inconnue disparaissent.

 

(510) Je n’écris pas pour un public déterminé. Le public choisit son propre livre. Je n’écris pas non plus pour la postérité. La postérité n’est pas rentable.

 

(511) Je n’écris que pour moi. Pour capturer la fuyante et inexistante mémoire du présent, aussi loin que celui-ci m’entraîne.

 

(513) Je voulais écrire la plus belle histoire du monde; non pas l’histoire de la fin du monde mais l’ultime histoire que puisse conter un survivant, une histoire que déjà plus personne ne pourra lire.

 

(514) L’inspiration n’est rien d’autre qu’un fugace état d’exaltation produit par l’obstination d’une longue patience.

 

(515) Si ce que j’écris est doté d’une quelconque vertu, celle-ci se réduit au fait que mon écriture possède en soi le germe de sa négation, de sa destruction, de sa transformation, 2)..

 

(529) On a beau tourner les mots dans tous les sens, on écrit toujours la même histoire.

 

(530) Le récit ne fait que se raconter lui-même. Ce qui importe ce ne sont pas les mots, mais les faits qui ne sont pas dans les mots et que les mots justement rejettent.

 

(531) Être et se sentir le plus infâme des personnages, mais aussi le plus noble parmi ceux qui pullulent dans ses œuvres, est le principe cardinal de tout bon narrateur, qui fabule des histoires sur la réalité de la vie.

 

(532) Il pratiquait une littérature très primaire, solidaire, une littérature de premiers secours pour lecteurs riches mais illettrés, ayant peu de temps pour lire et apprécier la bonne lecture.

 

(533) Il est préférable d’écrire un seul livre pendant toute sa vie que d’épuiser une vie aussi courte en une multitude de livres.

 

(534) Méfie-toi de l’auteur d’un seul livre, fit remarquer Socrate, qui n’en écrivit aucun.

 

(551) Dans ce non- voir, à force de tant vouloir voir, il désirait ardemment que tout ce qu’il imaginait soit un mensonge, et que ce qu’il était en train d’écrire détruise ce qu’il avait imaginé.

 

1)  A noter que la dernière proposition de ce métaphorisme est une citation du Livre des questions d’Edmond Jabès, que l’on retrouve en exergue de lle de l’Amiral, un indice de plus de la forte hypertextualité de Roa et de sa poétique de l’absence. 

2)  Magnifique définition de la « poétique des variations », l’essence même de l’écriture endotextuelle de Roa.

Acerca de eroxacourthes

French traveller, writer and translator, foolish of Latin Amarica!!!
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