“Première vision d’un mirage”, Alejandro Maciel, commentaire de “Hijo de Hombre”, SPIL Roa, Saintes, Lycée Bellevue, mars 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FILS D’HOMME :

 

PREMIERE VISION D’UN MIRAGE

 

Alejandro MACIEL

Janvier 2003

Traduction : Eric COURTHES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

           

 

Augusto ROA BASTOS débuta avec le recueil de contes LE TONNERRE ENTRE LES

 

FEUILLES, un lent processus de reconstruction interne de la vision désastreuse d’un pays le

 

Paraguay, son paradis dont le régime l’avait expulsé, comme l’Adam châtié par son désir de

 

savoir avant même d’avoir fini de nommer le monde. L’arbre de la science du bien et du mal a

 

été pour lui la société. Dans le contexte d’un système autocratique et fourbe, comme celui des

 

différentes dictatures qui ont fustigé la foi dans le progrès de l’Amérique Latine à partir des

 

années 30, n’importe quelle recherche approfondie s’avère suspecte, hérétique, malsaine et

 

dangereuse.

 

 

            La dictature du général Higinio Morínigo prit place au Paraguay en 1940 en tant que

 

gouvernement intérimaire, après la mort accidentelle du président, le général José Félix

 

Estigarribia. Le militaire Higinio Morínigo eut pour ministre ‘de l’ombre’ et assesseur

 

idéologique Natalicio González, auteur d’un livre à forte résonance fasciste qui apparut en

 

1938, sous le titre de Processus et formation de la culture paraguayenne. Roa Bastos y

 

détecta le germe d’un ‘fascisme créole, cette critique ainsi que sa remise en cause permanente

 

du militarisme et des révolutions internes entre les différents chefs militaires lui valut son

 

premier exil, sous le régime d’Higinio Morínigo, en 1947 .

 

            Pour comprendre ces particularités du continent sud américain et en particulier celles

 

du Paraguay, il suffirait de consulter la liste des gouvernements entre 1936 et 1989 ;

 

1)      Le 17 février 1936, un putsch met fin au gouvernement constitutionnel d’Eusebio

 

Ayala. Le colonel Rafael Franco (sic) prend le pouvoir.

 

2)      En août 1937, un soulèvement militaire fait chuter Franco et le Dr Félix Paiva

 

s’installe au pouvoir.

 

3)      En août 1939, le général José Félix Estigarribia devient président, il meurt dans un

 

accident d’avion, en septembre 1940.


 

4)      Le général Higinio Morínigo assure l’intérim, en octobre 1940. Il retarde l’appel

 

aux urnes et gouverne ainsi pendant huit ans, pas mal pour un mandat provisoire.

 

5)      En juin 1948 Morínigo tombe à son tour et le Docteur Juan Manuel Frutos prend le

 

pouvoir par intérim.

 

6)      En août 1948 Natalicio González prend le pouvoir.

 

7)      En février 1949 le général Raimundo Rolón le dépose et prend le pouvoir pour

 

seulement 26 jours…

 

8)      En mars 1949 le Docteur Felipe Molas López prend le pouvoir et on l’oblige à y

 

Renoncer en septembre.

 

9)      En septembre 1949 Federico Chávez prend le pouvoir.

 

10)  En mai 1954 un coup d’état militaire amena au gouvernement Tomás Romero

 

Pereira, qui convoqua des élections où le seul candidat s’appelait Alfredo Stroessner.

 

11)  Alfredo Stroessner est réélu sept quinquennats de suite, de 1958 à 1993, il ne

 

put achever le dernier, parce qu’il fut renversé par son gendre, le général Andrés Rodríguez

 

le 2 février 1989.

 

            Comprendre le Paraguay signifie se plonger dans un monde complètement fermé aux

 

autres, avec un fort sens de l’unité et une grande méfiance vis à vis de tout ce qui pourrait

 

impliquer un changement ou d’autres alternatives. Cette « Ile entourée de terres » telle que la

 

qualifia Rafael Barret est condamnée pour deux raisons fondamentales : la ‘méditérranéité’*1

 

du territoire, et l’ignorance atavique d’une culture orale qui n’en finit pas de s’adapter à un

 

monde où l’écrit domine le champ de la connaissance. Il y a en permanence deux forces

 

antagoniques dans le pays. Le guaraní, langue sans écriture et purement orale face au

 

castillan, dont la morphologie, syntaxe, sémantique et pragmatique sont complètement

 

différentes à celles de la racine des langues guaraní.

*1 : NdT : au sens étymologique du terme, ‘au milieu des terres’.


 

Je dis bien les langues guaraní, car même s’il existe une espèce de tronc commun, le

 

parler guaraní a plusieurs formes idiomatiques et dialectales à l’intérieur même du

 

territoire paraguayen.

 

Pour le dire de façon plus claire, la communication entre un mbyá et un ayoreo ( deux

 

groupes ethniques installés dans la Région Orientale) est presque aussi difficile que la

 

conversation entre un espagnol et un français.

 

 

            La société paraguayenne elle-même vit dans une sorte de division des classes, d’abord

 

il y a les paysans ( agriculture minifundiste) qui s’expriment intégralement en guaraní sans

 

connaître les éléments basiques de l’espagnol, seconde langue du pays, ensuite les

 

autochtones abandonnés et expropriés, réduits à l’état de mendicité et de marginalité, puis un

 

troisième type de population enracinée dans les villes, formée de fonctionnaires, employés

 

publics, commerçants et petits industriels qui ( selon les critères du XIX ème siècle)

 

formeraient la ‘ bourgeoisie urbaine’ et enfin une grande majorité de déracinés qui migrèrent

 

depuis leurs petites exploitations à la campagne vers les périphéries des grandes villes :

 

Asunción, Ciudad del este, Encarnación, et Villarrica. Cette masse croissante d’analphabètes

 

structurels et fonctionnels, sans la moindre formation adaptée au marché du travail, sans

 

accès à l’information minimum, totalement détachés du corpus social, qui se regroupent

 

en ghettos fermés au monde extérieur, maintient des traditions rurales et en même temps

 

acquièrent quelques habitudes urbaines réinterprétées à travers cette forme spéciale de sous-

 

culture hybride, qui s’exprime presque complètement en guaraní ou en jopará*2, mais suit les

 

informations sur CNN. Vivre au Paraguay signifie s’imprégner de façon continue des forts

 

contrastes entre l’ancien et le moderne, entre des formes sociales ritualisées depuis la colonie

 

*2 : fusion entre espagnol et guaraní, la langue de la rue et des échanges commerciaux

 


 

et de postmodernes aspirations au titre de Miss Paraguay pour le Concours de Miss Univers

 

de l’année prochaine, aspiration maximum des adolescentes en mal d’ascension sociale.

 

Toutes les ex Miss Paraguay se sont mariées avec des chefs d’entreprise. L’actuelle Première

 

Dame du Paraguay elle-même a été Miss Paraguay.

 

            La résolution des problèmes fondamentaux de cette crise passe par l’éducation, à tous

 

les niveaux. L’observation que fit en 1868 le Consul Britannique de l’époque, Sir Richard

 

Burton, qui déclara que « le Paraguay illustre parfaitement une vérité, on peut

 

apprendre à lire, à écrire, à ajouter, à soustraire, à multiplier et à diviser, sans rien savoir au

 

bout du compte, » est toujours d’actualité, dans un autre commentaire il rajoute : « l’éducation

 

est totalement stérile. Les seuls livres autorisés par la religion d’état, sont d’ingénues vies de

 

saints, quelques récits autorisés par le gouvernement et d’horribles lithographies,

 

probablement gravées dans la pierre d’Asunción. »

 

            Si nous comparons ces instantanés saisis par un regard étranger avec les résultats de la

 

dernière enquête de Rendement Académique publiés par le Ministère de l’Education

 

Paraguayen, en 2000, sur 7871 étudiants recensés dans le pays, en terminale, on constate qu’il

 

est de 46 % en Langue, de 44% en Mathématiques, et en Sciences Sociales ( qui prend en

 

compte des notions de Géographie, d’Histoire et d’Instruction Civique) seulement la moitié

 

des étudiants atteignirent le niveau requis de connaissances. Les pourcentages de réussite ne

 

sont guère meilleurs dans le privé.

 

            L’horizon socioéconomique se voit assombri par la crise régionale dont le Paraguay

 

est l’une des inévitables victimes. Très peu industrialisé, avec une production agroalimentaire

 

en constante régression et des différences énormes dans la répartition des richesses, le

 

Paraguay, qui dépend en grande partie de fonds étrangers, souffre des conséquences des

 

effondrements de l’Argentine et des valse-hésitations du Brésil.


 

 Le modèle imposé dans la région dans les années 80, (appelées la décade perdue ),

 

d’ouverture et de libéralisation a eu de fortes conséquences sur la stabilité du marché de

 

l’emploi, les privatisations des grandes entreprises accompagnées de licenciements massifs

 

n’ont pas été absorbés par un secteur privé peu compétitif et développé. Cette faillite

 

régionale a restreint voire fermé le peu de marchés qu’avait le Paraguay avec les pays

 

avoisinants. Dans ce sombre et pessimiste panorama, l’ombre des messies politiques et des

 

dictateurs militaires enthousiasme à nouveau une population mal informée, peu engagée et

 

sceptique en matière politique, profitant de l’image négative de la classe dirigeante après des

 

scandales de corruption, de pots de vins, baignant dans la démagogie, les mensonges et

 

fraudes systématiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

Acerca de eroxacourthes

French traveller, writer and translator, foolish of Latin Amarica!!!
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