“Le Policrapaud”/”El Polisapo’, A.R.Bastos, Asunción, Servilibro, 2002

 

 

 

 

 

 

 

 

POLICRAPAUD

 

Conte d’Augusto Roa Bastos et Alejandro Maciel

 

Traduction de l’espagnol paraguayen :Eric

Courthès

 

Illustrations de Miguel Pencieri

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                           Les auteurs dédient ce petit hommage aux nombreux agents de police qui aiment leur travail et le font bien…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cela fait un paquet d’années, dans une mare qui se trouvait près d’Horqueta, dans le

 

Département de Concepción au Paraguay, vivait un Crapaud qui voulait devenir policier.

 

            Tous les matins, en se lavant le visage avant d’aller à l’école il disait à sa maman

 

Crapaud :

 

         Je veux être policier.

 

La mère continuait de ramasser des œufs d’escargot pour le petit déjeuner. Elle

 

repassait son tablier ou bien elle battait un peu de crème fraîche avec du sucre.

 

            Sur le chemin de l’école le Crapaud tombait sur le Héron et lui disait :

 

         Je veux être policier.

 

Le héron faisait l’idiot et continuait de chercher des petits poissons dans les marais.

 

            Dans toute la contrée, depuis la rivière Apa jusqu’à la cordillère d’Amambay, et

 

depuis le grand désert du Chaco jusqu’à la ville de Coronel Oviedo, tout le monde l’appelait

 

déjà Policrapaud, à force d’insister toujours et partout avec la même ritournelle.

 

            Par exemple, pendant le cours de grammaire, la maîtresse lui demandait de passer au

 

tableau pour écrire une prière et lui il écrivait :

 

 

 

 

 

 

 

 

                        JE VEUX ÊTRE POLICIER

 

 

 

 

 

 


 

            La Madame demandait un bon mot et le Crapaud écrivait ‘policier’.

 

            Elle demandait une conjugaison et il disait ‘Je veux’.

 

            Papa Crapaud – qui était mécanicien- lui prêtait sa cotte bleue et une casquette à

 

visière identique à celles qu’utilisent les agents de police. Chaque fois qu’il sortait de chez

 

lui déguisé, les grenouilles chantaient en chœur :

 

            Policrapaud se promène

 

            De la mare au trottoir.

 

            Avec un chewing gum et une ficelle

 

            Il fait le tour du monde en ballon.

 

            Policrapaud nous surveille

 

            Nous pouvons aller en paix

 

            Dans la piscine nager

 

            Sans dire ‘attention’

 

            Quand les caracaras*1 font des ronds

 

            Tranquillement au dessus de nos têtes.

 

 

            Policrapaud monte la garde

           

            Au front et à l’arrière garde.

 

            Avec sa casquette d’opérette

 

            De A jusqu’à Z.

 

            Jusqu’à ce qu’arrive le dernier cours du dernier jour et Policrapaud reçut son diplôme.

 

Maman Crapaud avait étrenné pour l’occasion une tunique de gaze plissée et Papa Crapaud

 

était encore plus enflé que d’habitude ( l’orgueil a coutume de gonfler l’esprit ), à tel point

 

qu’il ne pouvait attacher les boutons de sa veste.

 

*1 : oiseaux de proie

 

 Tout fut très attendrissant, y compris les larmes du Yacaré ou crocodile local, qui était

 

très ému même si personne n’y croyait vraiment.

 

A juste titre, les satrapes des grenouilles disaient :

 

            Le Yacaré ne sait pas pleurer

 

            Et il ne sait pas pourquoi il le fait.

 

            Il pouvait enfin rentrer à l’ Ecole d’Officiers de Police.

 

            Il dut voyager jusqu’à Curva Romero, à Luque, en passant par Asunción pour se

 

rendre  à l’Ecole d’Officiers de Police. Imaginez donc comment le pauvre transpira en sautant

 

comme une grenouille depuis Horqueta jusqu’à Yby Yaú, où il s’arrêta pour se reposer et

 

prendre le maté avec la Tucura ; qui est une sorte de sauterelle rougeâtre, très gourmande de

 

cultures et considérée par les agriculteurs comme un véritable fléau, et qui tient une petite

 

paillote à la croisée des chemins.

 

 

           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

         Et où va donc ce beau jeune homme ? – voulut savoir la Tucura, qui était bien sûr

 

fort curieuse.

 

         A Luque- répondit Polisapo, très sûr de lui.

 

Il avait lu dans un traité d’aide à soi même, que le futur des gens dépend du degré de

 

confiance en soi que possède chaque personne. Si on veut être avocat par exemple, on doit

 

étudier pendant six ans tout ce qui a à voir avec les lois et les codes. Il faut faire un grand

 

effort personnel pendant six ans; faire preuve d’une grande patience pendant six ans, avoir de

 

la constance pendant six ans, s’y consacrer entièrement pendant six ans et beaucoup d’autres

 

et cetera, que l’on obtient grâce à la confiance que possède chacun en soi même.

 

            C’est ce que disait le livre.

 

            Reste à vérifier si c’est vrai

 

            Mais revenons à notre conversation entre Policrapaud et la Tucura à la croisée des

 

Chemins à Yby Yaú, à l’ombre d’un majestueux lapacho à fleurs jaunes.

 

         Ah !? alors il faut que tu prennes la Ruta Tres jusqu’à Coronel Oviedo-dit la

          

Tucura-, et là tu prends la Ruta Dos jusqu’à Asunción et tu passes sans t’arrêter à Ñu Guazú,

 

jusqu’à Luque. Tout droit, tout droit. Salue de ma part la bonne mère Ura, qui vit à Tacuara,

 

en passant mon vieux- lui demanda la Tucura, tandis qu’elle s’éventait avec une feuille de

 

caraguatá.*1

 

         Est-ce que c’est loin ? -demanda l’air préoccupé Polisapo.

 

         Cela dépend-dit la Tucura_ . C’est plus difficile d’y aller que de revenir.

 

         -Comment est ce possible ?- s’exclama un peu troublé Polisapo, en devenant

 

encore plus vert qu’à l’accoutumée. D’après ce qu’il avait appris à l’école, et il était fort bon

 

élève, les distances sont les mêmes, que l’on aille ou que l’on revienne de n’importe quel

 

endroit.

 

*1 : plante locale, sorte de cardon, Bromelia serra.


 

 

 

C’est sur une butte, tout là haut. En montant- disait la Tucura tandis qu’elle se

 

préparait un autre tereré*1, tu seras essouflé, mais en revenant tu pourras

 

descendre en roulant comme une balle de foot. C’est beaucoup plus facile.

 

         Mince alors !

 

La Tucura qui était très tendre, lui caressa l’épaule et le soulagea un peu en lui disant

 

presque à l’oreille :

 

         J’ai une amie à Carayaó et si tu as besoin de quelque chose, elle te donnera un

 

coup de main mon chéri.

 

         Et comment je fais pour la joindre si j’en ai besoin ?

 

         Tu dois seulement brûler quelques feuilles d’eucalyptus et la Sorcière Canidia

 

arrivera en volant sur son balai où que tu te trouves, surtout si tu as la poisse de tomber

 

sur Lipudia.

 

 

            Ne me parle pas de celle là !- lui répondit très irritée la Tucura-. Lipudia c’est ce que 

 

l’on fait de pire chez les sorcières, une sorcière très malfaisante qui passe son temps à pêcher

 

des crapauds et des grenouilles pour faire ses potions et ses poisons, parce que Lipudia est

 

toujours en train de chercher les mille et une manières d’empoisonner la vie des gens.

 

            En revanche, mon ami Canidia adore rendre service. Elle peut débarquer à Ciudad del

 

Este par exemple en une fraction de seconde. Et pourtant son secrétaire Pancracio est un gros

 

chat poussif. Même les sorcières ont leurs petites faiblesses. Je me souviens qu’une fois je l’ai

 

appelée parce que ma maison prenait feu. Elle déboula en deux minutes , plus vite que

 

n’importe quel pompier ou apprenti pompier, elle fit pleuvoir sur la maison et je m’en suis

 

tirée avec une bonne odeur de roussi. Attends un instant-demanda la Tucura.

 

*1 : maté froid, ilex paraguayensis, le ‘thé des jésuites’, la boisson nationale au Paraguay et en

Argentine.


 

            Elle rentra chez elle et en ressortit avec une photo.

 

Voici Canidia et son secrétaire le gros Pancracio-dit-elle, en lui montrant la photo.

 

Acerca de eroxacourthes

French traveller, writer and translator, foolish of Latin Amarica!!!
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