L’INSULE PARAGUAYENNE

 

L’INSULE PARAGUAYENNE

 

 

 

 

EXERGUES

 

 

A Náhual le double-tigre sur son île

A Elixène la muse du Conte de Lisle

A Roxana la Ñusta, d’Inti la fille

 

 

 

 

«  Tout homme porte en lui une île, une île dont le profil change selon la fantaisie de ses rêves, comme un nuage se déforme au gré du vent. Image du refuge, ou espoir de dépaysement, l’île peut être encore promesse d’aventure, ou pari sur l’inaccessible. », Yves La Prairie, préface de L’Ile de Pâques, Journal d’un aspirant de La Flore, Pierre Loti, Paris, Editions Pierre-Olivier Combelles, 1988, (1877), p.7.

 

 

 

 

 

«  J’ai toujours eu la sensation que le temps au Paraguay est immobile, le temps de la fixité, le temps pétrifié, sec, vide, fossile. Et ce qui bouge dans cette île entourée de terres, ce sont les gens en permanentes pérégrinations, en exodes interminables. », Augusto Roa Bastos, El Fiscal, Buenos Aires, Editorial Sudamericana, 1993, p. 66, la traduction est de l’auteur.

 

 

«  Le pays rêvé peut seulement se construire sur une place transformée en île de l’Utopie pendant six jours ? Pouvons-nous seulement nous unir face à un ennemi commun et alors faire de grandes choses. Sommes-nous incapables d’aller un peu plus loin ? Sommes-nous condamner à caresser le paradis avec la pointe des doigts, pour retomber ensuite dans l’infortune ? », Andrés Colman Gutiérrez, El país en una plaza, Asunción,  Editorial El Lector, 2004, quatrième de couverture, traduction de l’auteur.

 

 

 

 

« Le Paraguay n’est pas un pays, c’est une obsession. » Juan Carlos Herken, dans Le Paraguay au XXème siècle, naissance d’une démocratie, Renée Frégosi, Paris, L’ Harmattan, 1997, p.7

 

 

 

 

« Le Paraguay est une terre entourée de terres, un pays méditerranéen, au sens étymologique du terme. Lieu de passage et de transit, carrefour des chemins depuis l’origine, le Paraguay est cependant une île d’où l’on s’arrache dans l’exil, où l’on aborde en Robinson,, où l’on vit isolé. », ibid., p. 18

 

 


II) Préface

 

L’ ILE BIPOLAIRE DU DOCTEUR COURTHÈS

 

Nous avons lu avec Augusto Roa Bastos quelques passages de l’étude approfondie d’Eric Courthès sur le Paraguay et nous avons dû admettre que nous méconnaissions quelques données sur le territoire où nous vivons, presque comme un usurpateur en ce qui me concerne.

 

Je me suis proposé ensuite de lire tout ce travail de recherche d’un coup, pour disposer de la vision panoramique nécessaire avant de pénétrer en profondeur dans chacun des confinements que propose et dispose le texte, tel que pourrait le faire la topographie malsaine d’un pays malade. Qui a pu goûter l’expérience de vivre un certain temps au Paraguay sait bien que le climat asphyxiant de cet enfermement que décrit Eric Courthès est présent partout. Il s’inspire de la réalité et évidemment inspire telle une exhalaison l’écriture expiatrice depuis Barrett jusqu’au magistral Roa Bastos de Moi le Suprême.

 

On découvre la pluralité de constatations et de contrastes d’un virtuose dans la minutieuse analyse linguistique dérivant d’une seul mot en apparence aussi simple que «  Paraguay », qui de par son caractère prismatique ( mais n’en est-il pas au fond toujours ainsi ?), se décompose en une vertigineuse succession de signifiés ordonnés en strates qui nous laisse voir, à travers l’œil d’Eric Courthès, comme le panoptique de Bentham, la situation idéale depuis laquelle tout devient visible, même si cela doit passer à travers les brumes de ce mirage, la «  terre inconnue » du Paraguay, que l’on ne nommait pas par hasard «  la Chine américaine » au XIX.

 

Le paragraphe «  Les dérivations du monème –y-«  démontre de façon claire la profonde capacité d’analyse du linguiste Courthès.

 

Nos analyses avec Roa des travaux d’Eric Courthès se rejoignaient alors, celui recense des natifs, il décrit leurs us et coutumes ainsi que leurs langues, il compare constamment les ethnies, les colonies, les immigrants, a recours aux statistiques tel que le fit le Consul-Espion de Sa Majesté Britannique, Sir Richard Francis Burton dans la Préface de son libro : Lettres depuis les champs de bataille du Paraguay. Comme Burton, Courthès en appelle aux chiffres et aux citations pour appuyer ses hypothèses, les délivrant ainsi des soupçons de la spéculation qui guette toujours les chercheurs. Avec la foi d’u clerc de notaire,  il s’appuie sur une foule de documents pour tout ce qu’il consigne.

 

On trouve de tout dans cette analyse : les occurrences aquatiques dans la toponymie, les descriptions géologiques qui expliquent le Grand Chaco qu’Eric Courthès visita effectivement et « explora », en lui permettant de vivre cette bipolarité désert-eau qui fait pressentir de façon presque solide cette île d’enfermement méditerranéen du Docteur Francia, le Manorá de Roa, la Terre Sans Mal et cependant pleine de tous les sévices de son histoire, de sa géographie et de ses perpétuels rendez-vous manqués, telle la Circulaire du Dictateur Suprême.

Eric Courthès constate l’absence de communication de ce vaste archipel d’enfermements, d’indigènes cernés par la misère, de colonies mennonites fondées selon le moule du protestantisme puritain du XVI, d’autres colonies avec les yeux rivés sur la mère patrie et les pieds ancrés dans ces solitudes, des propriétaires terriens qui se barricadent dans leurs terres face aux (légitimes) convoitises dont ils sont l’objet, des dictatures politiques qui se sont succédées telles des pestes. Depuis les mythiques missions jésuites idéalisées par les historiens de cette confession comme «  de véritables paradis communautaires », comme s’il s’agissait là de l’Eden d’Adam, où les saints pères appliquaient la politique de la « main de fer avec des gants de soie », le Paraguay-cachot est plus qu’une métaphore du Tevegó du Dictateur Suprême.

 

Ce profond travail de recherche s’avérera fort utile comme élément de consultation à l’heure de savoir quel espace nous étudierons dans l’avenir. Eric Courthès a réussi de façon méthodique à résumer tous les éléments pour la compréhension structurelle et fonctionnelle d’un monde complètement hermétique à l’étranger. Loin de la carte postale, Courthès armé de son scalpel est au cœur même du problème et en une phrase il finit par résumer l’ensemble de ses conclusions :« Toute île, qu’elle soit géographique ou sociale, se prête aux excès de l’utopie et du pouvoir », affirme et confirme Eric Courthès. L’histoire funeste de ce pays le démontre largement.

Alejandro Maciel, Asunción, Paraguay, octobre 2004

 

Essai publié en espagnol en avril 2005, par la Universidad Católica de Asuncion, CEADUC, Biblioteca de Antropología Paraguaya, Vol. 49, et en français, aux Editions Le Manuscrit, Paris, janvier 2006, http://www.manuscrit.com 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Acerca de eroxacourthes

French traveller, writer and translator, foolish of Latin Amarica!!!
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Una respuesta a L’INSULE PARAGUAYENNE

  1. ADMIN dijo:

    SLT INSCRIVEZ VOUS SUR LE TROMBIBLOG!http://spaces.msn.com/members/TROMBIBLOG@+

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